Quelle est la probabilité qu’un colis arrive intact, qu’un client fidèle passe commande, ou qu’un avis client soit positif ? Pour répondre, on s’appuie sur la notion de probabilité. Dans ce chapitre, tu apprends à manipuler un univers fini, à passer d’un événement à son contraire, à combiner deux événements par réunion et intersection, et enfin à calculer une probabilité conditionnelle - l’outil qui sert à décider, dans une boutique comme dans un entrepôt.
Ce que tu sauras faire à la fin du chapitre
- Je sais calculer la probabilité d’un événement contraire (A).
- Je sais reconnaître deux événements incompatibles et additionner leurs probabilités.
- Je sais calculer la probabilité d’une réunion A∪B avec la formule générale.
- Je sais lire un tableau croisé d’effectifs et en tirer des probabilités.
- Je sais calculer une probabilité conditionnelle : la probabilité de A sachant B.
À quoi ça sert dans la vraie vie ?
Tu travailles dans une boutique de sneakers. Sur les commandes en ligne, 7 % des colis arrivent abîmés : quelle est la probabilité qu’un colis arrive nickel ? Tu veux mettre un produit en avant : vaut-il mieux pousser la paire qui a 75 % d’avis positifs ou le casque audio qui en a 80 % ? Et ce client qui revient toujours : est-il plus susceptible d’acheter qu’un client de passage ?
Toutes ces questions sont des probabilités. Les maîtriser, c’est savoir chiffrer une incertitude pour prendre une décision - exactement ce qu’on te demandera en entreprise.
1. Univers, événements et probabilités
Univers, issue, événement
On étudie une expérience aléatoire (son résultat dépend du hasard). L’ensemble de tous les résultats possibles s’appelle l’univers, noté Ω. Chaque résultat possible est une issue.
Un événement est un ensemble d’issues. Par exemple, tirer au hasard un article du stock et tomber sur « un article en promo » est un événement.
Ici, l’univers est toujours fini : on peut compter les issues une par une.
Probabilité d'un événement (cas d'équiprobabilité)
Quand toutes les issues ont la même chance de se produire (équiprobabilité), la probabilité d’un événement A est :
P(A)=nombre total d’issuesnombre d’issues favorables aˋ A
Une probabilité est toujours un nombre compris entre 0 et 1 :
0⩽P(A)⩽1.
Un événement impossible a une probabilité de 0, un événement certain une probabilité de 1.
Un exemple chiffré
Dans un stock de 200 articles, 50 sont en promotion. On tire un article au hasard (chaque article a la même chance d’être tiré). La probabilité de l’événement A « l’article est en promo » est :
P(A)=20050=41=0,25.
Autrement dit, il y a 25 % de chances de tomber sur un article en promo.
2. L’événement contraire
Événement contraire
L’événement contraire de A, noté A, est l’événement « A ne se réalise pas ». Si A est « l’article est en promo », alors A est « l’article n’est pas en promo ».
Un colis qui arrive intact
Sur les livraisons d’un site, la probabilité qu’un colis soit endommagé est P(E)=0,07. La probabilité qu’un colis ne soit pas endommagé est l’événement contraire :
P(E)=1−P(E)=1−0,07=0,93.
Il y a donc 93 % de chances que le colis arrive en bon état.
3. Réunion, intersection et événements incompatibles
Intersection ET réunion
Soient deux événements A et B.
- L’intersection A∩B (lire « A inter B ») est l’événement « A et B se réalisent en même temps ».
- La réunion A∪B (lire « A union B ») est l’événement « A ou B se réalise » (au moins l’un des deux, éventuellement les deux).
Événements incompatibles
Deux événements sont incompatibles (on dit aussi disjoints) quand ils ne peuvent pas se produire en même temps : leur intersection est vide, donc P(A∩B)=0.
Par exemple, pour un même article tiré au hasard, « être en promo » et « être en rupture de stock » sont incompatibles : un article en rupture n’est pas proposé en promo.
En promo OU en rupture
Dans une boutique, on tire un article au hasard. La probabilité qu’il soit en promo est P(R)=0,15, celle qu’il soit en rupture est P(S)=0,06. Ces deux événements sont incompatibles. La probabilité qu’il soit « en promo ou en rupture » est :
P(R∪S)=P(R)+P(S)=0,15+0,06=0,21.
Le piège de la réunion
FAUX : écrire toujours P(A∪B)=P(A)+P(B).
VRAI : cette addition simple n’est valable que si A et B sont incompatibles. Dans le cas général, il faut retirer l’intersection :
P(A∪B)=P(A)+P(B)−P(A∩B).
Si tu oublies de soustraire P(A∩B), tu comptes deux fois les cas communs et tu peux même trouver une probabilité supérieure à 1, ce qui est impossible. Avant d’additionner, demande-toi toujours : « ces deux événements peuvent-ils arriver ensemble ? »
4. Lire un tableau croisé d’effectifs
Du tableau aux probabilités
Un tableau croisé range une population selon deux critères. Pour en tirer des probabilités quand on choisit un individu au hasard :
- Repérer l’effectif total (la case du coin, en bas à droite).
- Pour un événement simple, compter l’effectif de la ligne ou de la colonne, puis diviser par le total.
- Pour une intersection A∩B, lire la case croisée (la ligne de A ET la colonne de B), puis diviser par le total.
- Pour une réunion A∪B, appliquer P(A∪B)=P(A)+P(B)−P(A∩B).
Clients fidèles ou occasionnels
Une boutique a observé 200 clients, selon qu’ils sont fidèles ou occasionnels, et selon qu’ils ont acheté ou non :
| Achat (A) | Pas d’achat (A) | Total |
|---|
| Fidèle (F) | 80 | 20 | 100 |
| Occasionnel (F) | 30 | 70 | 100 |
| Total | 110 | 90 | 200 |
On choisit un client au hasard. La probabilité qu’il soit « fidèle ou acheteur » est :
P(F∪A)=P(F)+P(A)−P(F∩A)=200100+200110−20080=200130=0,65.
La case croisée F∩A vaut 80 : ce sont les clients fidèles qui ont acheté, qu’il ne faut pas compter deux fois.
5. La probabilité conditionnelle
Probabilité de A sachant B
La probabilité conditionnelle de A sachant B, notée PB(A), est la probabilité que A se réalise quand on sait déjà que B est réalisé. On se place alors « à l’intérieur » de B : B devient le nouveau total de référence.
Acheter sachant qu'on est fidèle
On reprend le tableau des 200 clients. On veut la probabilité qu’un client achète sachant qu’il est fidèle. On se restreint aux 100 clients fidèles, parmi lesquels 80 ont acheté :
PF(A)=effectif de Feffectif de F∩A=10080=0,80.
Un client fidèle a donc 80 % de chances d’acheter, alors qu’un client de passage n’en a que 10030=30 % : la fidélité change vraiment la donne.
« Sachant B » : ne te trompe pas de total
FAUX : pour PF(A) (acheter sachant qu’on est fidèle), diviser par le total de la population, ici 200.
VRAI : « sachant F » signifie qu’on ne garde que les individus de F. Le dénominateur est l’effectif de F (ici 100), pas 200 :
PF(A)=10080=0,80(et non 20080=0,40).
Attention aussi à l’ordre : PF(A) (acheter sachant fidèle) et PA(F) (être fidèle sachant qu’on a acheté) n’ont pas la même valeur, car les dénominateurs diffèrent.
Le réflexe « sachant »
Dès que tu lis « sachant que », « parmi les », « chez les » : c’est une probabilité conditionnelle. Le mot qui suit te donne le nouveau total (le dénominateur). « Acheter parmi les fidèles » se lit PF(A) : dénominateur = nombre de fidèles.
Comparer deux probabilités conditionnelles pour décider
Pour choisir entre deux options (quel produit mettre en avant, quel créneau privilégier…) :
- Définir clairement l’événement « succès » (avis positif, achat…).
- Calculer la probabilité conditionnelle pour chaque option, en divisant par l’effectif de cette option.
- Comparer les deux résultats : la plus grande probabilité désigne la meilleure option.
C’est ainsi qu’on transforme un tableau de chiffres en décision argumentée.