Un test de dépistage est-il fiable ? Une personne testée positive est-elle vraiment malade ? Sur un échantillon vacciné, combien de personnes seront protégées ? Toutes ces questions de santé publique se traitent avec les probabilités. Ce chapitre relie deux outils : les probabilités conditionnelles lues sur des arbres pondérés (idéales pour les tests de dépistage) et la loi binomiale, qui compte les succès sur un échantillon.
Ce que tu sauras faire
- Je sais calculer une probabilité conditionnelle PA(B) et construire un arbre pondéré.
- Je sais appliquer la formule des probabilités totales pour réunir plusieurs chemins.
- Je sais reconnaître deux événements indépendants.
- Je sais reconnaître un schéma de Bernoulli : n épreuves identiques et indépendantes à deux issues.
- Je sais identifier les paramètres n et p et écrire que X∼B(n;p).
- Je sais calculer P(X=k) à la calculatrice et l’espérance E(X)=np, puis les interpréter en santé-social.
À quoi ça sert en santé-social ?
Ces notions sont au cœur de l’évaluation des tests de dépistage. Un test n’est jamais parfait : on décrit sa qualité par sa sensibilité (probabilité d’être positif quand on est malade) et sa spécificité (probabilité d’être négatif quand on est sain). L’arbre pondéré organise ces probabilités conditionnelles et permet de calculer le risque de faux positifs et de faux négatifs.
La loi binomiale sert dès qu’on compte des cas sur un échantillon : nombre de personnes protégées après une vaccination, nombre de porteurs d’un virus dans un groupe, nombre de prélèvements conformes lors du contrôle d’un échantillon. C’est un outil de décision en santé publique.
1. Probabilités conditionnelles et arbres pondérés
Probabilité conditionnelle
La probabilité de B sachant A, notée PA(B), est la probabilité que B se réalise sachant que A est déjà réalisé. Quand P(A)=0 :
PA(B)=P(A)P(A∩B)
où A∩B désigne l’événement « A et B ». On se restreint donc à l’univers réduit aux cas où A est réalisé.
Arbre pondéré
Un arbre pondéré représente une expérience en plusieurs étapes. Sur chaque branche, on inscrit une probabilité ; au second niveau, ce sont des probabilités conditionnelles (elles dépendent de la branche déjà suivie).
Exemple (test de dépistage). Dans une population, 5% des personnes sont atteintes d’une maladie (M). On note T l’événement « le test est positif ». Le test a une sensibilité de 0,98, c’est-à-dire PM(T)=0,98, et une spécificité de 0,95, c’est-à-dire PM(T)=0,95.
- M (0,05) → T (0,98) ou T (0,02)
- M (0,95) → T (0,05) ou T (0,95)
Règles de l'arbre pondéré
- Somme des branches d’un nœud : les probabilités des branches issues d’un même nœud ont pour somme 1. Ici 0,05+0,95=1 et 0,98+0,02=1.
- Probabilité d’un chemin : on multiplie les probabilités le long des branches d’un chemin. C’est la formule des probabilités composées :
P(A∩B)=P(A)×PA(B)
Par exemple, la probabilité d’être malade et d’avoir un test positif est :
P(M∩T)=0,05×0,98=0,049.
Indépendance de deux événements
Deux événements A et B sont indépendants lorsque la réalisation de l’un ne change pas la probabilité de l’autre :
P(A∩B)=P(A)×P(B),ce qui eˊquivaut aˋ PA(B)=P(B).
Exemple. Si l’on prélève une personne au hasard dans une très grande population, son état de santé est indépendant de celui de la personne prélevée juste avant : la composition de la population n’a pas changé.
Lire une probabilité sur un arbre
- Construire l’arbre : premier niveau pour la maladie (M / M), second niveau pour le test (T / T).
- Reporter chaque donnée : probabilité d’être malade, sensibilité PM(T), spécificité PM(T), et compléter chaque nœud pour que la somme fasse 1.
- Pour une intersection (M∩T), multiplier le long du chemin.
- Pour la probabilité d’un test positif P(T), additionner tous les chemins menant à T (probabilités totales).
- Pour une probabilité « sachant » (ex. PT(M)), appliquer PT(M)=P(T)P(M∩T).
Probabilité d'être malade sachant que le test est positif
On reprend l’arbre ci-dessus, où P(M∩T)=0,049 et P(T)=0,0965. Quelle est la probabilité d’être réellement malade sachant que le test est positif ?
PT(M)=P(T)P(M∩T)=0,09650,049≈0,508.
Bien que le test soit très performant, une personne testée positive n’a qu’environ 51% de chances d’être malade : c’est l’effet des nombreux faux positifs quand la maladie est rare.
2. Schéma de Bernoulli et loi binomiale
Épreuve de Bernoulli
Une épreuve de Bernoulli est une expérience aléatoire qui n’a que deux issues :
- le succès S, de probabilité p ;
- l’échec S, de probabilité 1−p.
Exemple. Tester une personne et regarder si elle est porteuse d’un virus présent chez 8% de la population est une épreuve de Bernoulli de succès « être porteur », avec p=0,08 et 1−p=0,92.
Schéma de Bernoulli
Un schéma de Bernoulli de paramètres n et p est la répétition de n épreuves de Bernoulli :
- identiques : la probabilité de succès p est la même à chaque épreuve ;
- indépendantes : le résultat d’une épreuve n’influence pas les autres.
Exemple. Prélever 50 personnes au hasard dans une très grande population dont 8% sont porteuses du virus forme un schéma de Bernoulli de paramètres n=50 et p=0,08 (les prélèvements sont considérés indépendants).
Loi binomiale
On répète un schéma de Bernoulli de paramètres n et p, et on note X la variable aléatoire qui compte le nombre de succès sur les n épreuves.
On dit alors que X suit la loi binomiale de paramètres n et p, ce que l’on note :
X∼B(n;p)
La variable X peut prendre toutes les valeurs entières de 0 à n.
Calculer P(X = k) à la calculatrice
En Terminale ST2S, on obtient P(X=k) directement à la calculatrice, sans poser le calcul à la main :
- Casio : menu
STAT puis DIST → BINM → Bpd (probabilité ponctuelle), on saisit x=k, Numtrial =n et p.
- TI : touche
2nde puis distrib → binomFdp( (ou binompdf(), on saisit binomFdp(n , p , k).
Pour une probabilité du type P(X⩽k), on utilise la version cumulée (Bcd sur Casio, binomFRép/binomcdf sur TI).
Résoudre un problème avec la loi binomiale
- Vérifier qu’on a bien un schéma de Bernoulli : épreuves identiques, indépendantes, à deux issues.
- Identifier les paramètres : le nombre d’épreuves n et la probabilité de succès p. Conclure que X∼B(n;p).
- Traduire la question : P(X=k), P(X⩽k), ou un événement contraire comme « au moins un ».
- Calculer la probabilité (calculatrice), puis arrondir comme demandé et conclure par une phrase dans le contexte santé-social.
Probabilité dans un échantillon
Sur l’échantillon précédent, X∼B(50;0,08) compte les porteurs du virus. Quelle est la probabilité qu’il y ait exactement 4 porteurs ?
P(X=4)=(450)(0,08)4(0,92)46.
À la calculatrice : P(X=4)≈0,196, soit environ 19,6%.
Les pièges classiques
FAUX : confondre PM(T) (la sensibilité, probabilité d’un test positif sachant qu’on est malade) avec PT(M) (la probabilité d’être malade sachant que le test est positif).
VRAI : ces deux probabilités conditionnelles sont en général différentes. Sur l’exemple, PM(T)=0,98 mais PT(M)≈0,51. On les relie par PT(M)=P(T)P(M∩T).
Autres pièges :
- Sur un arbre : on multiplie le long d’un chemin, et on additionne des chemins différents (probabilités totales).
- Pour la loi binomiale, ne pas oublier le coefficient (kn), et ne pas confondre l’exposant de p (c’est k, les succès) et celui de 1−p (c’est n−k, les échecs).
- « Au moins un » se traite par le contraire : P(X⩾1)=1−P(X=0), et non en additionnant tous les cas.