Cours de Terminale STI2D sur la loi normale et l'échantillonnage : loi binomiale, approximation normale, intervalle de fluctuation, prise de décision et intervalle de confiance. Exercices corrigés.
8 exercices corrigés · Terminale STI2D - mathématiques · Mis à jour en juin 2026
Sur une chaîne de production, on ne teste jamais toutes les pièces une par une : on prélève un échantillon et on en tire une conclusion sur le lot entier. Mais une fréquence mesurée sur 200 pièces n’est jamais exactement égale à la vraie proportion de défauts : elle fluctue. Ce chapitre donne les outils pour maîtriser ces fluctuations : la loi binomiale modélise le comptage de défauts, la loi normale l’approche dès que l’échantillon est grand, l’intervalle de fluctuation permet de décider si un lot respecte une norme, et l’intervalle de confiance permet d’estimer une proportion inconnue. C’est le coeur du contrôle qualité industriel.
Mes objectifs
À la fin de ce chapitre, je sais :
calculer l’espéranceE(X)=np et l’écart-typeσ(X)=np(1−p) d’une loi binomiale ;
reconnaître quand une loi binomiale peut être approchée par une loi normale, et donner les paramètres de cette loi normale ;
lire une probabilité sous la courbe d’une loi normale à la calculatrice ;
construire un intervalle de fluctuation au seuil de 95% et l’utiliser pour prendre une décision sur un lot ;
construire un intervalle de confiance pour estimer une proportion inconnue à partir d’un échantillon.
À quoi ça sert ?
Imagine que tu travailles au service qualité d’une usine de capteurs. Le fournisseur annonce « moins de 5% de pièces défectueuses ». Tu prélèves 250 pièces : tu en trouves 22 défectueuses. Faut-il croire le fournisseur ou rejeter le lot ? À l’inverse, si personne ne t’a annoncé de chiffre, comment estimer la vraie proportion de défauts à partir de ton seul échantillon, sans tester les millions de pièces du stock ? Ce chapitre te donne exactement ces deux réflexes. Et le même raisonnement sert ailleurs : estimer le pourcentage de spectateurs qui likent une vidéo, le taux de réussite d’un mini-jeu, la part de batteries d’un modèle qui tiennent plus de deux ans… Partout où on mesure une fréquence sur un échantillon, ces outils s’appliquent.
1. Rappels sur la loi binomiale
Loi binomiale
On répète n fois, de façon indépendante, une même épreuve à deux issues (succès de probabilité p, échec de probabilité 1−p). La variable aléatoire X qui compte le nombre de succès suit la loi binomiale de paramètres n et p.
On note : X suit la loi B(n;p). La variable X prend toutes les valeurs entières de 0 à n, et :
P(X=k)=(kn)pk(1−p)n−k.
Espérance et écart-type d'une loi binomiale
Si X suit la loi binomiale B(n;p), alors :
E(X)=np,V(X)=np(1−p),σ(X)=np(1−p).
L’espéranceE(X)=np donne le nombre moyen de succès attendu sur les n répétitions.
L’écart-typeσ(X) mesure la dispersion autour de cette moyenne, dans la même unité que X.
Pièces conformes dans un échantillon
Une presse produit des pièces conformes avec une probabilité p=0,96. On prélève n=200 pièces et on note X le nombre de pièces conformes : X suit la loi B(200;0,96).
E(X)=np=200×0,96=192 pieˋces conformes en moyenne.
σ(X)=np(1−p)=200×0,96×0,04=7,68≈2,77 pieˋces.
On s’attend donc à environ 192 pièces conformes par échantillon de 200, avec une fluctuation typique de l’ordre de 3 pièces.
2. La loi normale
Loi normale
Une variable aléatoire X suit la loi normale de moyenneμ et d’écart-typeσ (avec σ>0) lorsque sa courbe de densité est la fameuse courbe en cloche, symétrique par rapport à la verticale x=μ.
On note : X suit la loi N(μ;σ). Contrairement à la loi binomiale, X peut prendre toutes les valeurs réelles : c’est une loi continue.
Probabilités et aire sous la courbe
Pour une loi normale, une probabilité se lit comme une aire sous la courbe de densité :
P(a⩽X⩽b)=aire sous la courbe entre a et b.
Conséquences utiles :
l’aire totale sous la courbe vaut 1 ;
par symétrie, P(X⩽μ)=P(X⩾μ)=0,5 ;
pour une loi continue, P(X=a)=0 : peu importe que les inégalités soient strictes ou larges, P(a⩽X⩽b)=P(a<X<b).
Les intervalles « 1, 2, 3 écarts-types »
Pour toute loi normale N(μ;σ), les valeurs se concentrent autour de la moyenne selon trois repères à connaître :
Autrement dit, environ 95% des valeurs se trouvent à moins de deux écarts-types de la moyenne. C’est ce repère à 0,95 qui servira pour les intervalles de fluctuation et de confiance.
Lire une probabilité à la calculatrice
Sur une loi normale N(μ;σ), on calcule P(a⩽X⩽b) avec la fonction de la calculatrice (souvent notée normalFRép, normalcdf ou NormCD), en renseignant la borne bassea, la borne hauteb, la moyenneμ et l’écart-typeσ.
Pour les probabilités « ouvertes » d’un seul côté, on remplace la borne manquante par une valeur extrême :
P(X⩽b) : borne basse très petite (par exemple −1099) et borne haute b ;
P(X⩾a) : borne basse a et borne haute très grande (par exemple 1099). On peut aussi écrire P(X⩾a)=1−P(X⩽a).
Tension du secteur électrique
La tension X (en volts) délivrée par une prise suit la loi normale N(230;4). La probabilité que la tension reste entre 228 V et 233 V est :
P(228⩽X⩽233)≈0,4648(soit environ 46,5%).
La probabilité que la tension ne dépasse pas 235 V est :
P(X⩽235)≈0,8944(soit environ 89,4%).
Ces deux valeurs se lisent directement à la calculatrice avec μ=230 et σ=4.
3. Approximation d’une loi binomiale par une loi normale
Approximation normale d'une loi binomiale
Soit X une variable aléatoire suivant la loi binomiale B(n;p). Lorsque n est assez grand et pni trop proche de 0 ni trop proche de 1, on peut approcher la loi de X par la loi normale de même moyenne et de même écart-type :
B(n;p)≈N(μ;σ)avec μ=np et σ=np(1−p).
En pratique, on considère l’approximation acceptable lorsque :
n⩾30,np⩾5,n(1−p)⩾5.
Calculer une probabilité par approximation normale
Vérifier que X suit une loi binomiale B(n;p) et que les conditionsn⩾30, np⩾5 et n(1−p)⩾5 sont satisfaites.
Calculer la moyenne μ=np et l’écart-type σ=np(1−p).
Remplacer X par une variable Y suivant N(μ;σ).
Lire la probabilité demandée sous la courbe de Y à la calculatrice.
Nombre de pièces hors tolérance dans un échantillon
Une pièce a une probabilité p=0,2 d’être hors tolérance. Sur n=400 pièces, X compte le nombre de pièces hors tolérance : X suit B(400;0,2).
Conditions : n=400⩾30, np=80⩾5 et n(1−p)=320⩾5. L’approximation est légitime.
Paramètres : μ=np=400×0,2=80 et σ=400×0,2×0,8=64=8.
On approche alors X par Y suivant N(80;8). Comme 72=μ−σ et 88=μ+σ, l’intervalle [72;88] est exactement « à un écart-type » :
P(72⩽X⩽88)≈P(72⩽Y⩽88)≈0,68.
4. Intervalle de fluctuation et prise de décision
Intervalle de fluctuation au seuil de 95 %
On suppose connue une proportion p dans une population. Pour un échantillon de taille n (avec n⩾30, np⩾5 et n(1−p)⩾5), l’intervalle de fluctuation au seuil de 95% de la fréquenceF observée est :
I=[p−1,96np(1−p);p+1,96np(1−p)].
Il y a environ 95 chances sur 100 pour que la fréquence F d’un échantillon de taille n appartienne à cet intervalle I.
Prendre une décision avec un intervalle de fluctuation
On veut tester une hypothèse du type « la proportion vaut p » à partir d’un échantillon.
Hypothèse : on suppose que la proportion annoncée p est exacte.
Intervalle : on calcule l’intervalle de fluctuation I=[p−1,96np(1−p);p+1,96np(1−p)].
Fréquence observée : on calcule la fréquence f=nk mesurée sur l’échantillon (k = effectif observé).
Décision au risque de 5% :
si f∈I, l’écart à p s’explique par le hasard : on accepte l’hypothèse ;
si f∈/I, l’écart est trop grand pour le hasard : on rejette l’hypothèse.
Un atelier respecte-t-il sa norme de défauts ?
Un atelier garantit une proportion p=0,05 de pièces défectueuses. On contrôle n=100 pièces. L’intervalle de fluctuation au seuil de 95% est :
Si l’on trouve f=10012=0,12, alors f∈/I : on rejette l’hypothèse, l’atelier semble dépasser sa norme. Si l’on trouve f=1006=0,06, alors f∈I : rien ne permet de remettre en cause la norme annoncée.
5. Intervalle de confiance et estimation d’une proportion
Intervalle de confiance au niveau de 95 %
Cette fois, la proportion p est inconnue : on cherche à l’estimer. Sur un échantillon de taille n, on observe une fréquence f=nk. L’intervalle de confiance au niveau de 95% de la proportion p est :
IC=[f−n1;f+n1].
On dit que la proportion inconnue p appartient à cet intervalle avec un niveau de confiance de 95%. L’amplitude de l’intervalle vaut n2 : plus l’échantillon est grand, plus l’estimation est précise.
Conditions d’usage : n⩾30, nf⩾5 et n(1−f)⩾5.
Estimer une proportion par un intervalle de confiance
Calculer la fréquence observéef=nk sur l’échantillon.
Vérifier les conditions n⩾30, nf⩾5 et n(1−f)⩾5.
Calculer le rayonn1, puis l’intervalle IC=[f−n1;f+n1].
Conclure : la vraie proportion p est encadrée par IC au niveau de confiance de 95%.
Estimer le taux de panne d'un modèle de batterie
Sur un échantillon de n=400 batteries, k=34 tombent en panne avant deux ans. La fréquence observée est f=40034=0,085.
Le rayon vaut 4001=201=0,05. L’intervalle de confiance au niveau de 95% est :
IC=[0,085−0,05;0,085+0,05]=[0,035;0,135].
On estime donc, avec un niveau de confiance de 95%, que la proportion réelle de batteries défaillantes est comprise entre 3,5% et 13,5%.
Les pièges à éviter
Confondre fluctuation et confiance. C’est faux de croire que les deux intervalles sont interchangeables. Le vrai repère : dans l’intervalle de fluctuation, p est connu et on encadre la fréquence d’un futur échantillon (on décide) ; dans l’intervalle de confiance, p est inconnu et on l’encadre à partir de la fréquence observée (on estime).
Centrer l’intervalle de confiance sur p. C’est faux : on ne connaît pas p ! Le vrai centre de IC est la fréquence observéef, la seule donnée dont on dispose.
Oublier la racine carrée dans l’écart-type. L’écart-type d’une loi binomiale est σ=np(1−p), pasnp(1−p) (qui est la variance).
Approcher sans vérifier les conditions. On ne remplace une loi binomiale par une loi normale que si n⩾30, np⩾5 et n(1−p)⩾5. Sans ces conditions, l’approximation peut être grossièrement fausse.
Mal lire la calculatrice. Beaucoup d’erreurs viennent d’avoir saisi la variance à la place de l’écart-type, ou inversé les bornes : on renseigne toujours moyenne μet écart-type σ, borne basse puis borne haute.
Le bon réflexe
Pose-toi toujours la question : « connaît-on p ou pas ? ». Si p est donné (une norme, une garantie annoncée), tu es en fluctuation→ tu décides. Si p est ce que tu cherches (une proportion réelle inconnue), tu es en confiance→ tu estimes à partir de f. Et garde en tête le nombre magique 1,96 : c’est lui qui transforme « deux écarts-types » en « seuil de 95% ».
Exercices corrigés
Du plus simple au plus exigeant. Cherche d'abord seul, puis déroule le corrigé détaillé.
Quand peut-on remplacer une loi binomiale par une loi normale ?
Quand le nombre de répétitions n est assez grand et que la probabilité de succès p n'est ni trop proche de 0 ni trop proche de 1. En pratique, on considère que l'approximation est valable quand n est au moins égal à 30, que n multiplié par p est au moins 5 et que n multiplié par un moins p est au moins 5. On remplace alors la loi binomiale par la loi normale de même moyenne n p et de même écart-type racine de n p un moins p.
À quoi sert un intervalle de fluctuation ?
Un intervalle de fluctuation au seuil de 95 pour cent donne l'intervalle dans lequel la fréquence observée sur un échantillon a 95 chances sur 100 de tomber, si la proportion annoncée est vraie. On l'utilise pour prendre une décision : si la fréquence mesurée sur l'échantillon appartient à l'intervalle, on accepte l'hypothèse ; sinon, on la rejette au risque de 5 pour cent.
Quelle différence entre intervalle de fluctuation et intervalle de confiance ?
Dans un intervalle de fluctuation, la proportion p est connue et on encadre la fréquence d'un futur échantillon : il sert à décider. Dans un intervalle de confiance, la proportion p est inconnue et on l'estime à partir de la fréquence observée sur un échantillon : il sert à estimer. L'un part de p pour prévoir la fréquence, l'autre part de la fréquence pour encadrer p.