En électronique, une tension qui se décharge perd à chaque instant le même pourcentage de sa valeur ; en traitement du signal, un écho s’atténue d’un facteur constant à chaque réflexion. Ces phénomènes se modélisent par des suites géométriques. La question naturelle est alors : que devient la grandeur au bout d’un grand nombre d’étapes ? C’est tout l’objet des limites : décrire le comportement d’une suite quand le rang n devient très grand, savoir si elle converge vers une valeur ou diverge, et calculer la somme de ses termes.
Ce que tu sauras faire à la fin
- Je sais reconnaître une suite géométrique et donner sa raison q.
- Je sais déterminer la limite d’une suite géométrique selon la valeur de q.
- Je sais dire si une suite converge (vers une valeur finie) ou diverge.
- Je sais calculer la somme des premiers termes d’une suite géométrique.
- Je sais écrire et utiliser un algorithme de seuil pour trouver à partir de quel rang une grandeur passe sous une valeur fixée.
À quoi ça sert vraiment ?
Quand tu débranches un condensateur, sa tension chute en suivant un facteur constant à chaque cycle : c’est une suite géométrique de raison comprise entre 0 et 1, et savoir qu’elle tend vers 0 te garantit que le circuit finit par se vider. Même logique pour un signal audio qui résonne : chaque écho est un peu plus faible que le précédent, et la somme de tous les échos reste finie - sinon le son ne s’arrêterait jamais. Maîtriser les limites, c’est pouvoir répondre à « est-ce que ça se stabilise, et vers quoi ? » sans avoir à tout calculer terme par terme.
1. Rappel : suite géométrique
Suite géométrique
Une suite (un) est géométrique lorsqu’on passe d’un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre q, appelé la raison :
un+1=q×un.
Son terme général, à partir du premier terme u0, s’écrit :
un=u0×qn.
Reconnaître la raison
Un signal vaut 5 V, et chaque réflexion ne conserve que 80% de l’amplitude précédente. On a donc u0=5 et, à chaque étape, on multiplie par 0,8 : la suite est géométrique de raison q=0,8. Son terme général est :
un=5×0,8n.
2. Limite d’une suite géométrique
C’est le cœur du chapitre. Le comportement de qn quand n devient grand ne dépend que de la valeur de la raison q.
Limite de la suite (q puissance n)
Soit q un nombre réel.
- Si −1<q<1, alors qn se rapproche de 0 : n→+∞limqn=0.
- Si q=1, alors qn=1 pour tout n : la suite est constante.
- Si q>1, alors qn devient de plus en plus grand : n→+∞limqn=+∞.
Concrètement, plus la raison est proche de 0, plus la suite s’éteint vite vers 0.
Converger ou diverger
- Une suite converge lorsqu’elle se rapproche d’un nombre fini ℓ quand n devient grand. On écrit n→+∞limun=ℓ.
- Sinon, la suite diverge : soit elle tend vers +∞ (ou −∞), soit elle n’a pas de comportement stable.
Pour une suite géométrique un=u0×qn avec u0>0 :
- si −1<q<1, elle converge vers 0 ;
- si q>1, elle diverge vers +∞.
Décharge d'un condensateur (atténuation)
Une tension est modélisée par un=12×0,8n, où n est le numéro du cycle. La raison est q=0,8, et 0,8 est compris entre 0 et 1, donc :
limn→+∞0,8n=0,d’ouˋlimn→+∞un=12×0=0.
Interprétation : au fil des cycles, la tension finit par s’annuler, le condensateur se décharge complètement.
Le piège du « ça grandit toujours »
On entend souvent : « on multiplie à chaque fois, donc forcément ça augmente, ça tend vers l’infini. » C’est faux dès que la raison est inférieure à 1.
Le vrai réflexe : regarder où se situe q.
- Multiplier par 0,8 à chaque étape diminue la valeur : la suite tend vers 0.
- Multiplier par 1,2 à chaque étape l’augmente : la suite tend vers +∞.
Le sens de variation ne dépend pas du mot « multiplier », mais de la position de q par rapport à 1.
3. Suites majorées, suites minorées
Majorant, minorant
- Une suite (un) est majorée s’il existe un nombre M tel que un⩽M pour tout n : aucun terme ne dépasse M.
- Une suite (un) est minorée s’il existe un nombre m tel que un⩾m pour tout n : aucun terme ne descend sous m.
Une suite encadrée
Pour un=12×0,8n : tous les termes sont positifs, donc la suite est minorée par 0. Le plus grand terme est le premier, u0=12, donc la suite est majorée par 12. On a ainsi 0⩽un⩽12 pour tout n : la suite est bornée, et elle décroît vers sa borne basse 0.
4. Somme des termes d’une suite géométrique
Mémo : « 1 moins raison puissance nombre de termes »
Pour ne pas te tromper d’exposant, retiens la phrase :
S=(premier terme)×1−raison1−(raison)nombre de termes.
Si tu additionnes de u0 à un, il y a bien n+1 termes (on compte u0 !).
Échos d'un signal
Un signal initial d’amplitude 1 produit des échos : chaque écho vaut la moitié du précédent. On a u0=1 et q=0,5. L’amplitude cumulée des 6 premières contributions (u0 à u5, soit 6 termes) est :
S=1×1−0,51−0,56=0,51−0,015625=0,50,984375=1,96875.
Même en ajoutant des échos, la somme reste proche de 2 : elle ne s’envole pas.
Somme « infinie » quand la raison est entre -1 et 1
Lorsque −1<q<1, le terme qn+1 tend vers 0 quand n devient grand. La somme se rapproche alors d’une valeur limite finie :
S=u0+u1+u2+⋯⟶1−qu0.
C’est ce qui explique qu’une infinité d’échos de plus en plus faibles produise un son d’amplitude finie : avec u0=1 et q=0,5, la somme tend vers 1−0,51=2.
5. Algorithmes de seuil
En pratique, on a souvent besoin de savoir à partir de quel rang une grandeur passe sous une valeur fixée (un seuil de sécurité, une erreur négligeable, une tension résiduelle…). On ne cherche pas une formule, on teste les termes un par un.
Trouver le plus petit rang sous un seuil
On veut le plus petit entier n tel que un<S (le seuil).
- Partir du premier terme u0 et d’un compteur n=0.
- Tant que un⩾S : calculer le terme suivant (un+1=q×un) et augmenter le compteur de 1.
- Quand la condition un<S est atteinte, on s’arrête : la valeur du compteur est le rang cherché.
Algorithme en pseudo-code
Pour la tension un=12×0,8n et un seuil de 1 V :
n ← 0
u ← 12
Tant que u ≥ 1 :
u ← u × 0,8
n ← n + 1
Afficher n
En déroulant : u11≈1,03 V (encore au-dessus de 1 V), puis u12≈0,82 V (sous le seuil). L’algorithme renvoie n=12 : il faut 12 cycles pour que la tension passe sous 1 V.
Compter un cran trop tôt
Erreur fréquente : s’arrêter dès que le terme approche le seuil et annoncer « c’est u11 » parce que u11≈1,03 « est presque à 1 ».
Le vrai critère est une inégalité stricte : tant que un⩾1, on continue. Comme u11≈1,03⩾1, ce rang ne convient pas ; c’est seulement à u12≈0,82<1 que la condition est vérifiée. On rend donc n=12, pas 11.