La tension d’un condensateur qui se décharge, la température d’une pièce métallique qui refroidit, l’intensité d’un signal qui s’atténue dans un matériau : tous ces phénomènes diminuent de la même manière, de plus en plus lentement, sans jamais vraiment s’annuler. C’est exactement le comportement de la fonction exponentielle. C’est l’outil mathématique indispensable pour modéliser une croissance ou une décroissance en sciences de l’ingénieur.
Ce que tu sauras faire
- Je connais la fonction exponentielle exp, sa dérivée et l’équation fonctionnelle ea+b=ea×eb.
- Je sais dériver une fonction de la forme eu(x).
- Je connais les limites de l’exponentielle en +∞ et en −∞, et j’en déduis les variations.
- Je sais utiliser un modèle de la forme f(t)=Ae−kt pour étudier une décroissance (décharge, refroidissement, atténuation).
À quoi ça sert, concrètement ?
Tu débranches une alimentation : la tension aux bornes du condensateur ne tombe pas d’un coup à 0, elle décroît en exponentielle. Tu sors une pièce du four : elle refroidit vite au début, puis de plus en plus lentement vers la température ambiante. Une onde traverse un blindage : son intensité chute du même genre. À chaque fois, la même fonction décrit la vitesse à laquelle « le système oublie » son état de départ. La maîtriser, c’est savoir prédire une tension au bout de 3 ms ou l’épaisseur de plomb qui divise un rayonnement par deux.
La fonction exponentielle
On admet qu’il existe une unique fonction f définie et dérivable sur R telle que :
f′=fetf(0)=1.
Cette fonction est appelée fonction exponentielle, notée exp. Pour tout réel x, on note exp(x)=ex, où e≈2,718 est un nombre irrationnel.
Elle est strictement positive sur R : pour tout réel x, ex>0.
Équation fonctionnelle et propriétés algébriques
Pour tous réels a et b et tout entier n :
ea+b=ea×eb
e−a=ea1ea−b=ebea(ea)n=ena
La toute première relation, ea+b=ea×eb, est l’équation fonctionnelle : c’est elle qui transforme une somme dans l’exposant en produit. On retient aussi deux valeurs utiles : e0=1 et e1=e.
Dériver une fonction de la forme exponentielle de u
On veut dériver une fonction du type eu(x).
- Repérer l’exposant u(x) (tout ce qui est « au-dessus » du e).
- Calculer sa dérivée u′(x).
- Appliquer la formule : (eu)′=u′×eu, c’est-à-dire recopier l’exponentielle et la multiplier par u′(x).
Exemple : soit f(x)=e−0,05x. Ici u(x)=−0,05x, donc u′(x)=−0,05. On obtient :
f′(x)=−0,05×e−0,05x.
Comme e−0,05x>0 et −0,05<0, la dérivée est négative : la fonction est décroissante.
Limites de l'exponentielle
Aux deux bornes de R, la fonction exponentielle se comporte ainsi :
limx→+∞ex=+∞etlimx→−∞ex=0.
En −∞, la courbe se rapproche de l’axe des abscisses sans jamais le toucher : la droite d’équation y=0 est une asymptote horizontale. C’est pour cela qu’une grandeur en décroissance exponentielle tend vers une valeur limite sans jamais l’atteindre exactement.
Sens de variation
Pour tout réel x, (ex)′=ex>0 : la dérivée est strictement positive.
Donc la fonction exponentielle est strictement croissante sur R. Comme elle est aussi continue, strictement monotone, avec les limites ci-dessus, l’équation ex=k admet une unique solution dès que k>0. C’est ce qui permettra de résoudre des équations comme e−kt=21.
Décharge d'un condensateur
La tension aux bornes d’un condensateur qui se décharge dans une résistance suit le modèle u(t)=U0e−τt, où U0 est la tension initiale et τ la constante de temps.
Pour U0=12 V et τ=5 ms :
- À t=0 : u(0)=12×e0=12×1=12 V (la tension de départ).
- À t=τ=5 ms : u(τ)=12×e−1≈12×0,368≈4,41 V.
Au bout d’une constante de temps, la tension est donc passée d’environ 12 V à environ 4,41 V.
Les pièges à éviter
- « ea+b=ea+eb » : c’est FAUX. Le VRAI : l’exponentielle transforme une somme en produit, donc ea+b=ea×eb.
- Oublier le u′ en dérivant une composée : écrire (e−0,05t)′=e−0,05t est FAUX. Le VRAI : on multiplie par la dérivée de l’exposant, donc (e−0,05t)′=−0,05×e−0,05t.
- Croire que ex peut être négatif ou nul : c’est FAUX. Le VRAI : pour tout réel x, ex>0. Une décroissance exponentielle se rapproche de 0 mais reste strictement positive.
- Confondre k et τ : dans e−kt, le coefficient k et la constante de temps τ=k1 sont inverses l’un de l’autre. Un grand k correspond à un petit τ, donc à une décroissance rapide.
Le réflexe de l'instant tau
Pour estimer une décroissance sans calculatrice, retiens trois repères de f(t)=Ae−t/τ :
- à t=0 : il reste 100 % ;
- à t=τ : il reste environ 37 % ;
- à t=3τ : il reste environ 5 % (le système est « presque » à sa valeur finale).
Ces ordres de grandeur permettent de vérifier rapidement qu’un résultat de calcul est cohérent.