Une production qui grimpe de quelques centaines de pièces chaque jour, une batterie qui perd un pourcentage de charge à chaque heure, un signal qui s’affaiblit de tronçon en tronçon de câble : tous ces phénomènes se mesurent étape par étape, à intervalles réguliers. Une suite numérique est l’outil mathématique qui modélise ces évolutions discrètes. Dans ce chapitre, tu vas apprendre à reconnaître les deux grandes familles - arithmétique et géométrique -, à calculer n’importe quel terme directement, à décrire le sens de variation et à déterminer un seuil à l’aide d’un algorithme.
Ce que tu sauras faire à la fin
- Je sais calculer les premiers termes d’une suite définie de façon explicite (un=…) ou par récurrence (un+1=…).
- Je sais reconnaître une suite arithmétique (on ajoute toujours la même raison) ou géométrique (on multiplie toujours par la même raison).
- Je sais utiliser le terme général un=u0+nr ou un=u0×qn pour atteindre n’importe quel rang.
- Je sais déterminer le sens de variation d’une suite arithmétique ou géométrique.
- Je sais déterminer un seuil (le premier rang qui dépasse une valeur) avec un algorithme à boucle.
À quoi ça sert en STI2D ?
En sciences de l’ingénieur, beaucoup de grandeurs sont mesurées à intervalles réguliers : la tension aux bornes d’un condensateur relevée chaque seconde, la puissance d’un signal après chaque répéteur, le nombre de pièces sorties d’une chaîne chaque jour, la production d’un panneau solaire mois après mois.
Quand l’évolution se fait par paliers plutôt que de façon continue, on ne travaille pas avec une fonction f(t) mais avec une suite (un) : à chaque rang n correspond une valeur un. Maîtriser les suites, c’est savoir prévoir une valeur future, comparer deux scénarios (deux stratégies de maintenance, deux capteurs) et dimensionner un système (combien de tronçons avant que le signal devienne trop faible ?).
1. Vocabulaire et modes de génération
Suite numérique
Une suite numérique (un) est une liste ordonnée de nombres. Chaque nombre de la liste est un terme, repéré par son rang (son numéro) :
- u0 est le terme de rang 0 (souvent le terme de départ) ;
- un est le terme de rang n ;
- un+1 est le terme suivant un.
Attention à ne pas confondre le rang n (la position) et le terme un (la valeur).
Suite explicite ou suite par récurrence
Il y a deux façons de définir une suite.
-
Suite explicite : on donne directement un en fonction de n. On peut calculer n’importe quel terme sans connaître les précédents.
Exemple : un=3n+5 donne u0=5, u1=8, u10=35.
-
Suite par récurrence : on donne le premier terme et une relation qui calcule chaque terme à partir du précédent, du type un+1=…un…. Pour atteindre un terme, il faut calculer tous ceux d’avant, de proche en proche.
Exemple : u0=5 et un+1=un+3 donne u1=8, u2=11, u3=14.
2. Suites arithmétiques
Suite arithmétique
Une suite (un) est arithmétique lorsqu’on passe d’un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre r, appelé la raison.
Relation de récurrence : pour tout entier n,
un+1=un+r.
Concrètement : une grandeur qui augmente (ou diminue) d’une quantité fixe à chaque étape - comme une production qui gagne 250 pièces par jour - est modélisée par une suite arithmétique.
Une production qui augmente chaque jour
Une chaîne sort 1200 pièces le premier jour (rang 0), puis 250 pièces de plus chaque jour. La production est arithmétique : u0=1200 et r=250.
Le terme général est un=1200+250n. Au bout de 10 jours :
u10=1200+250×10=1200+2500=3700 pieˋces.
Sens de variation d'une suite arithmétique
Le sens de variation d’une suite arithmétique ne dépend que du signe de la raison r :
- si r>0, la suite est croissante (chaque terme est plus grand que le précédent) ;
- si r<0, la suite est décroissante ;
- si r=0, la suite est constante.
3. Suites géométriques
Suite géométrique
Une suite (un) est géométrique lorsqu’on passe d’un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre q (non nul), appelé la raison.
Relation de récurrence : pour tout entier n,
un+1=un×q.
Concrètement : une grandeur multipliée par un facteur fixe à chaque étape est géométrique. Une évolution en pourcentage est toujours géométrique : augmenter de 12% revient à multiplier par 1,12 ; diminuer de 5% revient à multiplier par 0,95.
Du pourcentage à la raison
Pour transformer une évolution en pourcentage en raison q :
- augmenter de t% →q=1+100t. Par exemple +12%→q=1,12.
- diminuer de t% →q=1−100t. Par exemple −5%→q=0,95.
Le facteur multiplicatif q s’appelle aussi le coefficient multiplicatif.
Une batterie qui se décharge
La charge d’une batterie est de 100% au départ (rang 0) et se trouve multipliée par 0,9 chaque heure. La suite est géométrique : u0=100 et q=0,9.
Le terme général est un=100×0,9n. Au bout de 3 heures :
u3=100×0,93=100×0,729=72,9%.
Sens de variation d'une suite géométrique (à termes positifs)
Si (un) est géométrique de premier terme u0>0 et de raison q>0, le sens de variation dépend de la position de q par rapport à 1 :
- si q>1, la suite est croissante (la grandeur augmente) ;
- si 0<q<1, la suite est décroissante (la grandeur s’atténue) ;
- si q=1, la suite est constante.
4. Somme de termes consécutifs
Coût cumulé d'une maintenance
Un contrat de maintenance coûte 1200 € la première année (rang 0), avec 200 € de plus chaque année : coûts arithmétiques u0=1200, r=200. Sur 8 ans (rangs 0 à 7), le dernier coût est u7=1200+200×7=2600 €.
Le coût total est :
S=8×21200+2600=8×1900=15200 €.
5. Recherche d’un seuil par algorithme
Déterminer un seuil avec une boucle
Un seuil est le premier rang n pour lequel la suite dépasse (ou passe sous) une valeur fixée S. Comme on ne sait pas à l’avance combien d’étapes il faut, on teste les termes un par un dans une boucle « tant que ».
- Initialiser le terme à u0 et le rang n à 0.
- Tant que la condition d’arrêt n’est pas atteinte, passer au terme suivant (multiplier par q ou ajouter r) et augmenter n de 1.
- À la sortie de la boucle, n est le seuil cherché.
En pseudo-code, pour le premier rang où un dépasse 50000 avec u0=20000 et q=1,12 :
u ← 20000
n ← 0
Tant que u ⩽ 50000 :
u ← u × 1,12
n ← n + 1
Afficher n
Le mois où la chaîne dépasse 50 000 abonnés
Une chaîne compte 20000 abonnés (mois 0) et gagne 12% d’abonnés chaque mois : u0=20000, q=1,12, donc un=20000×1,12n.
On calcule de proche en proche jusqu’à dépasser le seuil :
u8=20000×1,128≈49519(encore sous 50000),
u9=20000×1,129≈55462(au-dessus de 50000).
La chaîne dépasse 50000 abonnés au cours du 9e mois.
Les pièges à éviter
- Confondre raison ajoutée et raison multipliée. FAUX : « la charge perd 10% par heure, donc je soustrais 10 à chaque fois. » VRAI : une évolution en pourcentage est géométrique : on multiplie par q=0,9, on n’enlève pas une quantité fixe.
- Mal placer l’exposant. FAUX : écrire un=u0×q×n. VRAI : c’est une puissance, un=u0×qn (le facteur q est utilisé n fois).
- Décaler le rang. FAUX : croire que u10 correspond toujours à « 10 étapes » quand on a démarré à u1. VRAI : si le premier terme est u0, alors u10 correspond bien à 10 étapes ; vérifie toujours à quel rang commence ta suite.
- Oublier de compter le bon nombre de termes dans une somme. FAUX : penser qu’il y a n termes de u0 à un. VRAI : il y en a n+1 (on compte le terme de rang 0).
Le bon réflexe pour identifier la nature d'une suite
Calcule la différence u1−u0 et le quotient u0u1 entre les premiers termes, puis vérifie sur le couple suivant :
- si la différence est toujours la même → suite arithmétique (cette différence est r) ;
- si le quotient est toujours le même → suite géométrique (ce quotient est q).