Une pièce sur ton lot est-elle défectueuse ? Un client va-t-il commander un dessert ? Une livraison partira-t-elle à l’heure ? On ne peut pas le savoir à l’avance, mais on peut mesurer la chance que cela arrive. C’est tout l’objet des probabilités. Et quand on observe beaucoup de cas, les fréquences se mettent à se stabiliser : c’est la loi des grands nombres, le pont entre ce que l’on observe sur le terrain et ce que l’on prévoit.
Ce que tu dois savoir faire à la fin
- Je sais reconnaître une expérience aléatoire et décrire un événement.
- Je sais calculer une probabilité dans un cas d’équiprobabilité (nombre de cas favorables sur nombre de cas possibles).
- Je sais distinguer une fréquence (observée) d’une probabilité (attendue) et expliquer la fluctuation d’un échantillon à l’autre.
- Je sais utiliser la loi des grands nombres pour estimer une probabilité à partir d’un grand échantillon.
- Je sais lire un arbre et un tableau à double entrée pour calculer une probabilité.
À quoi ça sert dans ton métier ?
En boutique, en atelier ou dans un food-truck, tu manipules des probabilités sans le savoir : « combien de pièces vont passer le contrôle qualité ? », « quelle part de clients prend un menu complet ? », « la commande sera-t-elle livrée à l’heure ? ». Savoir estimer une probabilité, c’est anticiper le stock, la production et la satisfaction client au lieu de subir. Et c’est aussi savoir te méfier d’un slogan : « 8 clients sur 10 nous recommandent » ne veut rien dire si le sondage porte sur 5 personnes.
Expérience aléatoire, issue, événement
Une expérience aléatoire est une expérience dont on connaît tous les résultats possibles, mais sans pouvoir prévoir lequel va se produire.
- Chaque résultat possible s’appelle une issue.
- L’ensemble de toutes les issues s’appelle l’univers.
- Un événement est un ensemble d’issues, décrit par une phrase. Exemple : « la pièce tirée est défectueuse ».
L’événement contraire de A, noté A, est constitué de toutes les issues qui ne réalisent pas A. Par exemple, le contraire de « la pièce est défectueuse » est « la pièce est conforme ».
Probabilité d'un événement
La probabilité d’un événement A, notée P(A), est un nombre compris entre 0 et 1 qui mesure la chance que cet événement se produise.
- P(A)=0 : l’événement est impossible.
- P(A)=1 : l’événement est certain.
- Plus P(A) est proche de 1, plus l’événement a de chances de se produire.
On peut aussi exprimer une probabilité en pourcentage : P(A)=0,04 se lit « 4 % de chances ».
Probabilité de l'événement contraire
La probabilité d’un événement et celle de son contraire ont pour somme 1 :
P(A)+P(A)=1,doncP(A)=1−P(A).
Exemple : si P(pieˋce deˊfectueuse)=0,04, alors la probabilité qu’une pièce soit conforme vaut P(conforme)=1−0,04=0,96, soit 96 %.
Fréquence d'un résultat sur un échantillon
Quand on répète une expérience un certain nombre de fois (un échantillon de taille n), la fréquence d’un résultat est :
f=nnombre de fois ouˋ le reˊsultat apparaıˆt.
La fréquence est un nombre que l’on mesure après coup, alors que la probabilité est une valeur fixe et théorique, connue (ou supposée) à l’avance.
Fluctuation d'échantillonnage
Si l’on prélève plusieurs échantillons de même taille dans la même situation, on n’obtient pas exactement la même fréquence à chaque fois : la fréquence varie d’un échantillon à l’autre. C’est la fluctuation d’échantillonnage.
Cette fluctuation est d’autant plus grande que l’échantillon est petit. Sur 10 livraisons, la fréquence des livraisons à l’heure peut sauter de 0,7 à 1 d’un jour à l’autre ; sur 1000 livraisons, elle bouge beaucoup moins.
Loi des grands nombres
Lorsque la taille n de l’échantillon devient très grande, la fréquence observée d’un résultat se stabilise et se rapproche de la probabilité de ce résultat.
Conséquence très utile : si l’on ne connaît pas la probabilité d’un événement, on peut l’estimer par la fréquence observée sur un grand échantillon. Par exemple, si 129 clients sur 150 se déclarent satisfaits, on estime :
P(satisfait)≈150129=0,86=86 %.
Lire un arbre des probabilités
Un arbre sert à décrire une expérience qui se déroule en plusieurs étapes (par exemple : le client prend une boisson, puis un dessert).
- Chaque branche porte la probabilité de l’étape correspondante.
- La somme des probabilités des branches qui partent d’un même point vaut toujours 1.
- Pour obtenir la probabilité d’un chemin complet (une étape ET la suivante), on multiplie les probabilités le long du chemin.
Exemple : si P(boisson)=0,7 et que, ensuite, P(dessert)=0,5, alors
P(boisson ET dessert)=0,7×0,5=0,35,
soit 35 % des clients.
Lire un tableau à double entrée
Un tableau à double entrée (ou tableau croisé) répartit un effectif selon deux critères à la fois (par exemple : le type de client en lignes et le mode de paiement en colonnes).
- Repère la case qui correspond aux deux critères demandés.
- Pour une probabilité sur toute la population, divise par le total général.
- Pour une probabilité sur une partie seulement (par exemple « parmi les habitués »), divise par le total de cette ligne (ou de cette colonne).
C’est un outil idéal pour vérifier un slogan : il suffit de recalculer la vraie fréquence à partir des effectifs.
Estimer une probabilité à partir d'un grand échantillon
Un atelier contrôle ses livraisons. Sur 1000 livraisons, 921 sont parties à l’heure.
On estime la probabilité qu’une livraison parte à l’heure par la fréquence observée :
P(aˋ l’heure)≈1000921=0,921≈0,92=92 %.
Comme l’échantillon est grand, la loi des grands nombres garantit que cette estimation est fiable : on peut s’appuyer dessus pour organiser le planning.
Les pièges à éviter
- Confondre fréquence et probabilité.
« J’ai eu 3 pièces défectueuses sur 10, donc la probabilité est 0,3. » C’est FAUX : sur seulement 10 pièces, la fréquence fluctue énormément. Le VRAI : il faut un grand échantillon pour estimer une probabilité, et même alors 0,3 resterait une estimation, pas une certitude.
- Donner une probabilité hors de l’intervalle [0;1].
« P(A)=1,3. » FAUX : une probabilité est toujours comprise entre 0 et 1 (ou entre 0 % et 100 %). Un résultat négatif ou supérieur à 1 signale une erreur de calcul.
- Additionner au lieu de multiplier dans un arbre. Pour une étape ET une autre le long d’un chemin, on multiplie : 0,7×0,5=0,35, et non 0,7+0,5.
- Croire qu’un grand échantillon donne la valeur exacte. La loi des grands nombres dit que la fréquence s’approche de la probabilité, pas qu’elle l’atteint pile : il reste toujours un petit écart.
Le réflexe vérification
Avant de valider une probabilité, pose-toi deux questions : est-elle bien entre 0 et 1 ? Et la somme des probabilités de toutes les issues fait-elle bien 1 ? Si l’une des deux réponses est « non », il y a une erreur quelque part.