En technologie, beaucoup de grandeurs se mesurent sur des échelles en puissances de 10 : le niveau sonore en décibels, l’acidité d’une solution en pH, la magnitude d’un signal. D’autres décroissent de façon exponentielle : la tension aux bornes d’un condensateur qui se décharge, la température d’une pièce qui refroidit, l’amplitude d’un signal qui s’atténue. Le point commun ? Pour revenir à l’exposant, c’est-à-dire pour résoudre une équation où l’inconnue est en puissance, on a besoin de la fonction logarithme. C’est la touche ln (ou log) de ta calculatrice, et l’outil réciproque de l’exponentielle.
Mes objectifs sur ce chapitre
À la fin de ce chapitre, je sais :
- reconnaître que ln et la fonction exponentielle sont réciproques l’une de l’autre ;
- utiliser les propriétés algébriques du logarithme (produit, quotient, puissance) ;
- distinguer le logarithme népérien ln (base e) du logarithme décimal log (base 10) ;
- connaître la dérivée de ln et en déduire ses variations ;
- résoudre une équation exponentielle (du type ax=b ou ekx=b) à l’aide du logarithme ;
- exploiter une échelle logarithmique : niveau sonore en décibels, pH, demi-vie.
À quoi ça sert, concrètement ?
Imagine un condensateur qui se décharge : sa tension suit une loi u(t)=Ee−t/τ. Tu sais répondre à « quelle tension après 2 s ? » en calculant une exponentielle. Mais la vraie question d’un technicien, c’est souvent l’inverse : « au bout de combien de temps la tension descend-elle sous 1 V ? ». Là, l’inconnue t est dans l’exposant - et c’est le logarithme qui va l’en faire sortir.
Même histoire pour : « combien de bits faut-il pour coder 1000 valeurs ? » (2n≥1000), « de combien augmente le niveau sonore si l’intensité est multipliée par 10 ? », « quelle est la demi-vie d’une source dans un capteur ? ». À chaque fois, le logarithme est la clé qui ouvre l’exposant.
1. Le logarithme népérien
Logarithme népérien
La fonction logarithme népérien, notée ln, est définie sur l’intervalle ]0;+∞[. C’est la fonction réciproque de la fonction exponentielle : elle « annule » l’exponentielle.
Pour tout réel x>0 et tout réel y :
ln(x)=y⟺x=ey.
Autrement dit, ln(x) est l’exposant qu’il faut donner à e pour retrouver x.
Logarithme et exponentielle s'annulent
Comme ln et exp sont réciproques, elles se simplifient quand on les enchaîne :
ln(ex)=x(pour tout reˊel x)eteln(x)=x(pour tout x>0).
C’est exactement ce mécanisme qui permet de sortir l’inconnue d’un exposant.
Valeurs et signe à connaître
- ln(1)=0 : l’exposant qui donne e0=1 est bien 0.
- ln(e)=1 : car e1=e.
- ln(x)<0 lorsque 0<x<1, et ln(x)>0 lorsque x>1.
- ln n’est définie que pour x>0 : on ne peut pas calculer le logarithme de 0 ni d’un nombre négatif.
2. Propriétés algébriques
C’est le cœur du chapitre : le logarithme transforme les multiplications en additions. C’est ce qui rend les échelles logarithmiques si pratiques.
Manipuler les propriétés
- ln(15)=ln(3×5)=ln(3)+ln(5).
- ln(8)=ln(23)=3ln(2).
- ln(e1)=ln(1)−ln(e)=0−1=−1.
- ln(e5)=5 (on enchaîne ln et exp).
La propriété de la puissance est la plus précieuse : c’est elle qui fait « descendre » l’exposant devant le logarithme, et donc qui permet de l’isoler.
Le piège du logarithme d'une somme
FAUX : « ln(a+b)=ln(a)+ln(b) ».
VRAI : c’est le logarithme d’un produit qui se sépare en somme : ln(a×b)=ln(a)+ln(b). Le logarithme d’une somme ne se simplifie pas : ln(a+b) reste ln(a+b).
Vérifie sur un exemple : ln(2+8)=ln(10)≈2,30, alors que ln(2)+ln(8)≈0,69+2,08=2,77. Les deux ne sont pas égaux. Le logarithme transforme les multiplications (pas les additions) en additions.
3. Dérivée et variations
Variations de la fonction logarithme
Sur ]0;+∞[, la dérivée x1 est toujours strictement positive. Donc :
la fonction ln est strictement croissante sur ]0;+∞[.
Conséquence très utile : comme ln conserve l’ordre, pour deux nombres strictement positifs a et b,
a<b⟺ln(a)<ln(b).
C’est ce qui autorise à « prendre le logarithme des deux côtés » d’une inégalité sans changer son sens.
Dériver une expression avec un logarithme
Soit f(x)=3ln(x)−x sur ]0;+∞[.
On dérive terme par terme : la dérivée de 3ln(x) est 3×x1=x3, et la dérivée de −x est −1. Donc
f′(x)=x3−1=x3−x.
Comme x>0, le signe de f′(x) est celui de 3−x : positif pour x<3, négatif pour x>3. La fonction f admet donc un maximum en x=3.
4. Le logarithme décimal
Logarithme décimal
Le logarithme décimal, noté log, est le logarithme réglé sur la base 10. Il est défini pour x>0 par :
log(x)=ln(10)ln(x).
Il est conçu pour les puissances de 10, ce qui le rend idéal en sciences physiques et en technologie.
Le logarithme décimal compte les puissances de 10
Pour tout entier n : log(10n)=n. En particulier :
| x | 0,01 | 0,1 | 1 | 10 | 100 | 1000 |
|---|
| log(x) | −2 | −1 | 0 | 1 | 2 | 3 |
Le logarithme décimal possède les mêmes propriétés algébriques que ln (produit, quotient, puissance). Sa dérivée est (log(x))′=xln(10)1.
Retiens surtout : multiplier x par 10 ajoute 1 au logarithme, multiplier par 100 ajoute 2, etc.
5. Résoudre une équation exponentielle
C’est l’application reine du logarithme : faire descendre l’inconnue de l’exposant.
Résoudre une équation du type a puissance x ou e puissance kx
- Isoler la puissance d’un côté de l’égalité (la mettre seule).
- Appliquer le logarithme (ln ou log) aux deux membres.
- Utiliser la propriété de la puissance pour faire descendre l’exposant : ln(ax)=xln(a) ou ln(ekx)=kx.
- Isoler l’inconnue par une division (par ln(a) ou par k).
- Calculer la valeur (avec la calculatrice) et vérifier l’ordre de grandeur.
Résoudre 2 puissance x égale 50
On veut résoudre 2x=50.
On applique le logarithme décimal aux deux membres (qui sont positifs) :
log(2x)=log(50)⟹xlog(2)=log(50).
On isole x en divisant par log(2), qui est positif :
x=log(2)log(50)≈0,3011,699≈5,64.
Vérification d’ordre de grandeur : 25=32 et 26=64, donc une solution entre 5 et 6 est cohérente.
Résoudre une équation avec e (décharge)
La tension d’un condensateur qui se décharge vaut u(t)=5e−t (en V, avec t en s). À quel instant atteint-elle 1 V ?
On résout 5e−t=1. On isole l’exponentielle : e−t=51=0,2. On applique ln :
ln(e−t)=ln(0,2)⟹−t=ln(0,2)⟹t=−ln(0,2)=ln(5)≈1,61 s.
(On a utilisé ln(0,2)=ln(51)=−ln(5).)
Le piège du sens de l'inégalité quand on divise
FAUX : « je passe au logarithme dans 0,2x≤0,1, donc x≤log(0,2)log(0,1) ».
VRAI : appliquer le logarithme conserve le sens de l’inégalité (car log est croissante) : xlog(0,2)≤log(0,1). Mais ici log(0,2) est négatif (car 0,2<1) : en divisant par un nombre négatif, on inverse le sens de l’inégalité. On obtient donc x≥log(0,2)log(0,1).
Le réflexe : avant de diviser par ln(a) ou log(a), regarde son signe. S’il est négatif (base entre 0 et 1), l’inégalité change de sens.
6. Échelles logarithmiques
Quand une grandeur varie sur plusieurs ordres de grandeur, on l’écrase sur une échelle logarithmique : chaque pas correspond à une multiplication, pas à une addition.
Le réflexe des échelles logarithmiques
Sur une échelle logarithmique (dB, pH, magnitude), un écart additif correspond à un facteur multiplicatif. Pour retrouver le facteur, repère à quelle puissance de 10 correspond l’écart :
- +1 en log ⟺ facteur 10 ;
- +2 en log ⟺ facteur 100 ;
- +3 en log ⟺ facteur 1000.
Et inversement, un facteur 10k se traduit par un écart de k unités logarithmiques.
Mémo : faire descendre l'exposant
Dès qu’une inconnue se trouve dans un exposant, le plan est toujours le même :
- isoler la puissance (ou l’exponentielle) ;
- appliquer ln (ou log) des deux côtés ;
- la propriété de la puissance fait descendre l’exposant devant le logarithme ;
- on isole l’inconnue par une division - en surveillant le signe du logarithme de la base.