Dans un atelier, une boutique ou un food-truck, une question revient sans cesse : pour quelle quantité produite ou vendue le bénéfice est-il le plus grand ? Pour quel volume de commande le coût unitaire est-il le plus bas ? La dérivée est l’outil qui répond à ces questions : elle mesure comment une grandeur varie, repère les moments où ça monte ou ça descend, et pointe précisément les maximums et les minimums.
À la fin de ce chapitre, je sais…
- lire graphiquement le nombre dérivé en un point (la pente de la tangente) ;
- dériver une fonction simple grâce aux règles de dérivation ;
- déduire du signe de la dérivée le sens de variation et construire un tableau de variations ;
- trouver une quantité qui maximise un bénéfice ou minimise un coût ;
- dériver et étudier la fonction inverse.
À quoi ça sert vraiment ?
Imagine que tu gères un stand de crêpes. Tant que chaque crêpe vendue rapporte plus qu’elle ne coûte, ton bénéfice monte : la dérivée est positive. À partir d’un certain nombre, les frais (gaz, ingrédients, temps d’attente, invendus) prennent le dessus et le bénéfice redescend : la dérivée devient négative. Le sommet, l’instant pile où ça arrête de monter pour commencer à descendre, c’est l’endroit où la dérivée s’annule. C’est exactement la production idéale. La dérivée, c’est ton tableau de bord.
1. Le nombre dérivé : la pente de la tangente
Tangente et nombre dérivé
La tangente à une courbe en un point A est la droite qui « touche » la courbe en ce point et épouse sa direction (sa pente locale).
Le nombre dérivé de la fonction f en a, noté f′(a), est le coefficient directeur (la pente) de cette tangente au point d’abscisse a.
Lire un nombre dérivé sur un graphique
La tangente est une droite : son coefficient directeur se lit comme celui de n’importe quelle droite.
- Repérer la tangente tracée au point d’abscisse a.
- Choisir sur cette tangente deux points dont on lit facilement les coordonnées.
- Calculer le coefficient directeur :
f′(a)=variation horizontalevariation verticale=xB−xAyB−yA.
Exemple : si la tangente passe par A(2;5) et B(4;11), alors f′(2)=4−211−5=26=3.
Le signe de la pente se voit à l'œil
- Tangente qui monte de gauche à droite ⇒ nombre dérivé positif.
- Tangente qui descend de gauche à droite ⇒ nombre dérivé négatif.
- Tangente horizontale ⇒ nombre dérivé nul (f′(a)=0) : c’est souvent un sommet (maximum ou minimum).
2. La fonction dérivée et les règles de dérivation
Fonction dérivée
Quand on sait calculer le nombre dérivé en n’importe quel point x, on obtient une nouvelle fonction : la fonction dérivée de f, notée f′. À chaque x, elle associe la pente de la tangente, c’est-à-dire f′(x).
Les règles de dérivation
On combine les dérivées de référence avec deux règles très simples. Si u et v sont deux fonctions et k un nombre constant :
- Multiplier par un nombre : la dérivée de k×u est k×u′.
- Additionner : la dérivée de u+v est u′+v′.
Autrement dit, on dérive terme par terme, et les coefficients constants restent devant.
Dériver un polynôme
Pour dériver une expression comme f(x)=ax2+bx+c :
- Dériver chaque terme séparément.
- Le terme ax2 a pour dérivée a×2x=2ax.
- Le terme bx a pour dérivée b×1=b.
- Le terme constant c a pour dérivée 0.
On obtient f′(x)=2ax+b.
Exemple : pour f(x)=4x2−7x+9, on a f′(x)=4×2x−7=8x−7.
Le piège du coefficient et de la constante
FAUX : « la dérivée de 5x, c’est 5x » et « la dérivée de 7x2, c’est 7×2x2=14x2 ».
VRAI : la dérivée de 5x est 5 (le coefficient reste, le x disparaît car la dérivée de x vaut 1). Pour 7x2, on ne touche pas à l’exposant du résultat : la dérivée de x2 est 2x, donc la dérivée de 7x2 est 7×2x=14x (et non 14x2). On dérive d’abord la puissance, puis on garde le coefficient devant.
3. Signe de la dérivée et variations
Le signe de la dérivée donne le sens de variation
Sur un intervalle :
- si f′(x)>0, alors f est croissante (↗) ;
- si f′(x)<0, alors f est décroissante (↘) ;
- si f′(x)=0 en changeant de signe, alors f admet un maximum (si elle passe de ↗ à ↘) ou un minimum (si elle passe de ↘ à ↗).
Construire un tableau de variations
- Calculer la dérivée f′(x).
- Résoudre f′(x)=0 pour trouver la (ou les) valeur(s) où la pente s’annule.
- Étudier le signe de f′(x) de part et d’autre de cette valeur.
- En déduire les variations dans un tableau : flèche qui monte quand f′(x)>0, flèche qui descend quand f′(x)<0.
- Calculer la valeur de f au point où la dérivée s’annule (c’est le maximum ou le minimum).
Le tableau résume tout : la ligne du signe de f′(x) au-dessus, la ligne des variations de f en dessous.
Un exemple complet
Soit f(x)=−x2+6x−5 sur [0;8].
- Dérivée : f′(x)=−2x+6.
- On résout f′(x)=0 : −2x+6=0, donc x=3.
- Signe : pour x<3, f′(x)>0 (croissante) ; pour x>3, f′(x)<0 (décroissante).
- La fonction passe de croissante à décroissante en x=3 : elle y atteint un maximum, égal à f(3)=−9+18−5=4.
| x | 0 | | 3 | | 8 |
|---|
| signe de f′(x) | | + | 0 | − | |
| variations de f | | ↗ | 4 | ↘ | |
4. La fonction inverse
La fonction inverse
La fonction inverse est la fonction qui, à un nombre x non nul, associe son inverse x1. Elle est définie pour x=0.
On la rencontre dès qu’on calcule un coût unitaire (un coût total réparti sur un nombre de pièces) : le terme « frais fixes répartis sur la quantité » s’écrit avec un x1.
Le coût moyen et la fonction inverse
Une petite production a un coût total C(q)=q2+20q+900 (en €), pour q pièces. Le coût moyen par pièce est :
CM(q)=qC(q)=q+20+q900.
On reconnaît un terme en q, une constante, et un terme inverse q900 (les frais fixes répartis sur q pièces). En dérivant :
CM′(q)=1−q2900.
Cette dérivée s’annule pour q2=900, soit q=30 pièces : c’est la quantité qui minimise le coût moyen.
Reconnaître où ça s'annule
Pour trouver un maximum de bénéfice ou un minimum de coût, la question est toujours la même : où la dérivée s’annule-t-elle en changeant de signe ? On résout donc f′(x)=0, puis on vérifie le changement de signe pour conclure « maximum » ou « minimum ». C’est le réflexe central de tout le chapitre.