Un chiffre d’affaires qui grimpe de 4 % par an, un nombre d’abonnés qui croît de 8 % par mois, une épargne qui rapporte un intérêt fixe : à chaque fois, on multiplie la valeur précédente par le même nombre. C’est exactement le mécanisme d’une suite géométrique. Ce chapitre te donne les outils pour prévoir une valeur dans 5, 10 ou 20 périodes sans tout calculer à la main, et pour comparer deux évolutions.
À la fin de ce chapitre, je sais…
- reconnaître une suite géométrique et trouver sa raison ;
- passer d’une évolution en pourcentage au coefficient multiplicateur ;
- calculer le terme de rang n avec la formule directe un=u0×qn ;
- dire si une suite géométrique est croissante ou décroissante ;
- calculer la somme des premiers termes d’une suite géométrique ;
- déterminer un rang à l’aide d’un tableur (à partir de quand une valeur est dépassée).
À quoi ça sert vraiment ?
Imagine que tu ouvres une boutique et que ton chiffre d’affaires augmente de 4 % chaque année. Combien rapportera-t-elle dans 10 ans ? Si tu ajoutais bêtement « 4 % de 50 000 € » dix fois, tu te tromperais : la deuxième année, les 4 % se calculent sur un montant déjà plus gros. C’est le principe des intérêts composés, le même que celui de ton livret d’épargne ou du nombre de vues qui « fait boule de neige » sur une vidéo. La suite géométrique, c’est l’outil qui modélise tout ce qui grossit (ou fond) d’un pourcentage fixe à chaque étape.
1. Définition et raison
Suite géométrique
Une suite (un) est géométrique lorsqu’on passe de chaque terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre q, appelé la raison. Pour tout rang n :
un+1=un×q
Le nombre u0 (ou u1 selon le premier terme donné) est le premier terme.
Dans tout ce chapitre, la raison est strictement positive : q>0.
Reconnaître une suite géométrique
On place 1 000 € sur un livret qui rapporte 3 % par an. Chaque année, le capital est multiplié par 1,03 :
u0=1000u1=1000×1,03=1030u2=1030×1,03=1060,90
D’un terme au suivant, on multiplie toujours par le même nombre 1,03 : la suite (un) est géométrique de raison q=1,03 et de premier terme u0=1000.
Trouver la raison à partir de deux termes consécutifs
La raison, c’est le quotient d’un terme par celui qui le précède :
q=unun+1
Par exemple, si u3=60 et u4=90, alors q=6090=1,5.
Astuce de contrôle : si la suite est bien géométrique, ce quotient donne le même résultat quels que soient les deux termes consécutifs choisis.
2. Pourcentage et coefficient multiplicateur
C’est le cœur du chapitre en lycée pro : une évolution à taux fixe est une suite géométrique.
Évolution à taux fixe = coefficient multiplicateur
- Augmenter de t% revient à multiplier par 1+100t.
- Diminuer de t% revient à multiplier par 1−100t.
Ce nombre est le coefficient multiplicateur CM. Si une grandeur évolue chaque période du même taux t%, ses valeurs forment une suite géométrique de raison q=CM.
Du pourcentage à la raison
- Hausse de 4 % par an : q=1+1004=1,04.
- Hausse de 8 % par mois : q=1+1008=1,08.
- Baisse de 12 % (solde de stock) : q=1−10012=0,88.
Piège : le coefficient multiplicateur n'est pas le taux
Pour une hausse de 4 %, on lit parfois trop vite la raison.
- FAUX : « +4% donc q=0,04 » (ou « q=4 »). Multiplier par 0,04 ferait chuter la valeur de 96 % !
- VRAI : augmenter de 4 %, c’est garder les 100 % de départ et ajouter 4 %, soit 100%+4%=104%. On multiplie donc par 100104=1,04. La raison est q=1,04.
Calculer un terme lointain
- Repérer le premier terme u0 et la raison q.
- Compter le nombre de périodes n écoulées depuis u0.
- Appliquer un=u0×qn, en calculant la puissance à la calculatrice (touche xy ou ∧).
- Arrondir au besoin (au centime pour des euros, à l’unité pour des personnes) et vérifier l’ordre de grandeur.
Exemple : u0=1000, q=1,03. Le terme de rang 5 vaut
u5=1000×1,035=1000×1,159…≈1159,27.
Piège : bien compter l'exposant
Avec un premier terme noté u0, l’indice et l’exposant coïncident, mais ce n’est pas toujours le cas.
- FAUX : « le 1er janvier est u0, donc au bout de 5 ans j’écris u0×1,034. »
- VRAI : au bout de 5 ans, il s’est écoulé 5 multiplications par 1,03, donc u5=u0×1,035. L’exposant compte le nombre d’évolutions, pas le numéro de l’année. En cas de doute, écris les premiers termes à la main pour caler l’exposant.
4. Sens de variation
Croissante ou décroissante (cas q > 0)
Soit (un) géométrique de premier terme positif u0>0 et de raison q>0 :
- si q>1, la suite est croissante : la valeur augmente, c’est une croissance ;
- si q=1, la suite est constante ;
- si 0<q<1, la suite est décroissante : la valeur diminue, c’est une décroissance.
Lire la variation sur la raison
- +8% par mois : q=1,08>1 → le nombre d’abonnés augmente (suite croissante).
- −12% par démarque : q=0,88, et 0<0,88<1 → le stock diminue (suite décroissante).
5. Lien avec les fonctions exponentielles
Une suite géométrique « est » une exponentielle
La formule un=u0×qn a la même forme que la fonction f(x)=u0×qx, où la variable x remplace le rang n.
- Quand q>1, la courbe monte de plus en plus vite : c’est une croissance exponentielle (le fameux effet « boule de neige »).
- Quand 0<q<1, la courbe descend en se rapprochant de zéro : c’est une décroissance exponentielle.
Une suite géométrique, c’est donc cette même croissance (ou décroissance) lue uniquement aux rangs entiers 0,1,2,3,…
6. Somme des termes consécutifs
Très utile pour cumuler des versements, une production mensuelle ou des recettes successives.
Cumuler des versements
Tu verses 50 € le 1er mois, puis chaque mois 3 % de plus que le mois précédent. Les versements forment une suite géométrique de premier terme 50 et de raison 1,03. Le total versé au bout de 4 mois (4 termes) vaut :
S=50×1−1,031−1,034=50×−0,031−1,12550…≈50×4,1836≈209,18 €.
7. Trouver un rang avec le tableur
« À partir de quand la valeur dépasse-t-elle… ? »
Quand on cherche le rang à partir duquel une valeur dépasse un seuil, le tableur est l’outil idéal :
- En colonne A, le rang n (0,1,2,…) ; en colonne B, la valeur un.
- Saisir u0 dans la cellule
B2.
- Dans
B3, écrire la formule de récurrence : =B2*1,04 (on multiplie par la raison).
- Recopier la formule vers le bas (poignée de recopie).
- Lire la première ligne où la valeur dépasse le seuil : son rang est la réponse.
C’est plus rapide et plus sûr que de tâtonner avec les puissances à la calculatrice, et c’est la méthode attendue au bac pro.
Mémo express
- +t% chaque période → suite géométrique, raison q=1+100t.
- Terme de rang n : un=u0×qn (l’exposant = nombre d’évolutions).
- q>1 → ça monte ; 0<q<1 → ça descend.
- Un doute sur l’exposant ? Écris u0,u1,u2 à la main pour te caler.